Retour vers l'accueil

Voici un florilège de citations montrant la complexité et la modernité du livre L’enracinement – Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain de Simone Weil la philosophe, texte écrit en 1943.

Weil3

Je ne les ai pas regroupées par thèmes, les laissant dans l’ordre du texte.

Ce livre peut nous aider, par les similitudes avec la 3ème république, à comprendre la situation en ce début du 21ème siècle et l’essoufflement de la 5ème république.

Comme le souligne Ivo Malan dans L'enracinement De Simone Weil - Essai D'interprétation paru en 1956, ce texte est « surchargé de matière, aux innombrables digressions et aux jugements abrupts … un matériel de recherche dont il est malaisé de donner une synthèse ... Œuvre de génie d’un abord difficile … si éloigné de nos communes mesures ».

Les numéros de pages sont ceux du Folio Essais 141, puis du texte en pdf trouvé sur le site de l’UQAC http://classiques.uqac.ca/classiques/

Plus complet Champ-classiques de Flammarion a réédité l’Enracinement en ajoutant une présentation du texte et de Simone Weil, et en ajoutant des pages qui n’avaient pas été retenues dans la première édition.

P9 - 6 « La notion d’obligation prime sur celle de droit … un homme considéré en lui-même, a seulement des devoirs … »

p10 - 7 « L'obligation ne lie que les êtres humains. Il n'y a pas d'obligations pour les collectivités comme telles. »

p 11 – 7 « Il y obligation envers tout être humain, du seul fait qu'il est un être humain, sans qu'aucune autre condition ait à intervenir, et quand même lui n'en reconnaîtrait aucune. »

p13 – 8 « Cette obligation n’est accomplie que si le respect est effectivement exprimé … par l’intermédiaire des besoins terrestres de l’homme ».

p14 – 9 « D'autres, parmi ces besoins, n'ont pas rapport avec la vie physique, mais avec la vie morale. Comme les premiers cependant ils sont terrestres … »

« …s'ils ne sont pas satisfaits, l'homme tombe peu à peu dans un état plus ou moins analogue à la mort, plus ou moins proche d'une vie purement végétative. »

p15 – 9 « On doit le respect à un champ de blé, n’ont pas pour lui même, mais parce que c’est de la nourriture pour les hommes. »

p22 - 14 « la liberté des hommes de bonne volonté, quoique limitée dans les faits, est totale dans la conscience … Ceux qui manquent de bonne volonté ou restent puérils ne sont jamais libres… »

p24 - 15 « … toute collectivité régie par un chef souverain qui n’est comptable de personne se trouve entre les mains d’un malade. »

« Ceux qui favorisent … l’appât du gain … enlèvent aux hommes l’obéissance, car le consentement … n’est pas une chose qui puisse se vendre. »

p25 – 16 « L’initiative et la responsabilité, le sentiment d’être utile et même indispensable, sont des besoins vitaux … »

« [Pour le] chômeur [n’étant rien] dans la vie économique, le bulletin de vote n’a pas de sens pour lui. »

« l’homme … [doit pouvoir] s’approprier par la pensée l’œuvretout entière de la collectivité dont il est membre, y compris les domaines où il n’a jamais ni décision à prendre ni avis à donner »

Elle rajoute « Toute collectivité … qui ne fournit pas ces satisfactions est tarée et doit être transformée. »

P28 - 18 « … il faudrait qu'un patron incapable ou coupable d'une faute envers ses ouvriers ait beaucoup plus à souffrir, dans son âme et dans sa chair, qu'un manœuvre incapable, ou coupable d'une faute envers son patron. »

P29 - 19 « La révolution de 1789, en mettant en avant l’égalité, n’a fait en réalité que consacrer la substitution d’une forme d’inégalité à l’autre. »

P32 - 21 « Le crime seul doit placer l’être qui l’a commis hors de la considération sociale, et le châtiment doit l’y réintégrer. »

P34 - 22 « … le degré d’impunité doit descendre avec l’échelle sociale. »

P45 - 27 « Quant aux partis politiques, s'ils étaient tous rigoureusement interdits dans un climat général de liberté, il faut espérer que leur existence clandestine serait au moins difficile. »

P50- 31 Elle lie paradoxalement les nourritures de l’âme à la propriété qui est un droit et non un devoir ? Et cette propriété est aussi celle de l’outil de travail.

P51 – 32 « Là où il y a une vie civique, chacun se sent personnellement propriétaire des monuments publics, des jardins, etc. … »

P54 -34 « … un amant de la Grèce antique, lisant dans le dernier livre de Maritain : « les plus grands penseurs de l'antiquité n'avaient pas songé à condamner l'esclavage », traduirait Maritain devant un de ces tribunaux. »

p61 - 36 « L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir. »

p62 – 37 « Même sans conquête militaire, le pouvoir de l'argent et la domination économique peuvent imposer une influence étrangère au point de provoquer la maladie du déracinement. »

p69 – 40 « La France a haï la guerre …(et) à moitié assommée par le coup terrible de juin 1940, elle s’est jetée dans les bras de Pétain pour pouvoir continuer à dormir dans un semblant de sécurité. »

p71 - 41 « L'amour du passé n'a rien à voir avec une orientation politique réactionnaire. Comme toutes les activités humaines, la révolution puise toute sa sève dans une tradition. »

P71 – 42 « Le passé détruit ne revient jamais plus. » Ça me rappelle l’oubli général du fonctionnement des communs ou biens communs et de la démocratie dans nos villages et cités.

P74 – 43 « Le mouvement ouvrier français issu de la Révolution a été essentiellement un cri, moins de révolte que de protestation, devant la dureté impitoyable du sort à l'égard de tous les opprimés. »

P79 – 45 Son expérience de l’usine parle : « une machine a besoin de posséder trois qualités. D'abord elle doit pouvoir être maniée sans épuiser ni les muscles, ni les nerfs, ni aucun organe – et aussi sans couper ou déchirer la chair ... » « … éviter cette monotonie si redoutée des ouvriers pour l'ennui et le dégoût qu'elle engendre. »

P82 – 47 Elle voit dans « la grande entreprise, malgré toutes ses tares, une poésie d’une espèce particulière dont les ouvriers ont aujourd’hui le goût. ».

p87 – 49 « L'État n'est pas particulièrement qualifié pour prendre la défense des malheureux. Il en est même à peu près incapable, s'il n'y est pas contraint par une nécessité de salut public urgente, évidente, et par une poussée de l'opinion. »

P89 - 50 Elle trouve le mot « vulgarisation » affreux, et ironiquement, notre culture proche de la perfection « … est médiocre … une culture d’intellectuels bourgeois … »

p91 - 51 elle préfère le mot de traduction.

P92 –51« Ce qui ne peut être transposer n’est pas une vérité. »

P92 – 52 « La culture est un instrument manié par des professeurs pour fabriquer des professeurs qui à leur tour fabriqueront des professeurs. »

P95 – 53 « … un ouvrier, qui a l'angoisse du chômage enfoncée jusque dans la moelle des os, comprendrait l'état de Philoctète quand on lui enlève son arc, et le désespoir avec lequel il regarde ses mains impuissantes. Il comprendrait aussi qu'Électre a faim, ce qu'un bourgeois, excepté dans la période présente (1943), est absolument incapable de comprendre … »

p96 - 54 « … les intellectuels - nom affreux … - devraient ne pas être regroupés en organisations professionnelles au sein de la CGT. » Rappel avant 1940 seulement 2 confédérations de salariés : la CGT et la CFTC.

p98 – 55 Elle y fait des propositions d’organisation de l’industrie et des salariés étonnantes et un peu inquiétantes qui me rappellent Arc-et-Senans et les fonderies locales de la Chine maoïste.

p130 - 71 « La famille n’existe pas … c’est un groupe minuscule … ce petit groupe est devenue une force d’attraction … irrésistible au point de faire oublier tout espèce de devoir ; mais c’est là … que se trouvait un peu de chaleur vivante, parmi le froid glacé qui s’était abattu tout d’un coup. »

p136 – 75 « Charles VI enfant, aidé de ses oncles, par l'usage de la corruption et d'une atroce cruauté, a brutalement contraint le peuple de France à accepter un impôt absolument arbitraire, renouvelable à volonté, qui affamait littéralement les pauvres et était gaspillé par les seigneurs »

p145 - 79 « En 1871, pour la première fois depuis la Révolution, si l'on excepte le court intermède de 1848, la France possédait une armée républicaine. Cette armée, composée de braves garçons des campagnes françaises, se mit à massacrer les ouvriers avec un débordement inouï de joie sadique. »

« La cause principale en était sans doute le besoin de compensation à la honte de la défaite, ce même besoin qui nous mena un peu plus tard conquérir les malheureux Annamites. … il n'y a pas de cruauté ni de bassesse dont les braves gens ne soient capables, dès qu'entrent en jeu les mécanismes psychologiques correspondants. »

P154 – 84 « La perte du passé, collective ou individuelle, est la grande tragédie humaine … le phénomène totalitaire de l'État est constitué par une conquête que les pouvoirs publics exécutent sur les peuples dont ils ont la charge … afin d'avoir un meilleur instrument pour la conquête extérieure. »

156 – 85 « … tout le jeu des institutions politiques [ de la 3ème république] étaient un objet de répulsion, de dérision et de mépris. Le mot même de politique s'était chargé d'une intensité de signification péjorative … « tout cela, c'est de la politique » … Aux yeux d'une partie des Français, la profession même de parlementaire – car c'était une profession – avait quelque chose d'infamant. Certains Français étaient fiers de s'abstenir de tout contact avec ce qu'ils nommaient « la politique », excepté le jour des élections, ou y compris ce jour ; d'autres regardaient leur député comme une espèce de domestique … pour servir leur intérêt particulier. Le seul sentiment qui tempérât le mépris des affaires publiques était l'esprit de parti, chez ceux du moins que cette maladie avait contaminés. »

157 – 85 « Quant aux lois sociales, jamais le peuple français, dans la mesure où il en était satisfait, ne les a regardées comme autre chose que comme des concessions arrachées à la mauvaise volonté des pouvoirs publics par une pression violente. »

« Chacun des régimes successifs ayant détruit à un rythme plus rapide la vie locale et régionale, elle avait finalement disparu. »

P164 - 89 « Le mot même de nation avait changé de sens. En notre siècle, il ne désigne plus le peuple souverain, mais l'ensemble des populations reconnaissant l'autorité d'un même État … »

« Quand on parle de souveraineté de la nation, aujourd'hui, cela veut dire uniquement souveraineté de l’État. Un dialogue entre un de nos contemporains et un homme de 1792 mènerait à des malentendus bien comiques. Or non seulement l'État en question n'est pas le peuple souverain, mais il est identiquement ce même État inhumain, brutal, bureaucratique, policier, légué par Richelieu à Louis XIV, par Louis XIV à la Convention, par la Convention à l'Empire, par l'Empire à la IIIe République. »

P169 - 91 « Sauf erreur, il n’a jamais été dit que le Christ soit mort pour sauver les nations. »

p175 – 94 « … l’âme, quand elle s’expose à la douleur et au danger … s’use très vite ».

p226 – 118 « Même si la mode des grandes écoles continue en France – ce qui n’est pas désirable – il en faudrait une pour la police »

Retour vers l'accueil